La moitié des signalements de pistes cyclables bloquées à Boston proviennent de neuf corridors
- Jonathan Lansey
- August 19, 2026
- 9 mins
- Infrastructure
- infrastructure cyclable politique securite routiere stationnement villes
TL;DR
- Entre le 4 juillet et le 18 août 2026, les cyclistes ont déposé 959 signalements de véhicules bloquant des bandes cyclables à Boston via le Bike Bureau de Loud Bicycle ; 955 d’entre eux se calent proprement sur une rue nommée.
- Les bandes bloquées ne sont pas réparties uniformément. Une optimisation qui recherche de courts tronçons à forte densité trouve 12 sélections, chacune d’au plus 800 mètres. Une fois les sélections adjacentes fusionnées, elles forment 9 corridors géographiques couvrant 508 signalements, soit 53 % du total.
- Deux grappes dominent : Kenmore Square (Brookline Ave, Comm Ave et Boylston ensemble — 15,4 % de tous les signalements) et l’axe Downtown / Chinatown le long de Cambridge, Tremont et Kneeland Streets (13,8 %, soit 132 signalements sur un tronçon continu).
- Le corridor médical Longwood / Fenway arrive nettement en troisième position avec 9,5 % ; au‑delà, la courbe de distribution chute rapidement vers des parts à un chiffre, éparpillées d’Allston à Jamaica Plain.
- Il s’agit d’une carte de priorisation, pas d’un plan d’ingénierie : elle indique où regarder en premier, pas où le projet commence et se termine.
- Le constat s’aligne sur un schéma bien connu — les bandes cyclables uniquement peintes échouent précisément là où la demande et les conflits sont les plus élevés — et sur l’argument en faveur de la protection physique plutôt que de la répression.

Chaque zone bleue est un corridor candidat pour des bandes cyclables protégées ; les étiquettes sont des repères approximatifs arrondis à l’entier, avec les parts exactes dans le tableau ci‑dessous. Les tronçons adjacents sont dessinés comme un seul corridor, ce qui donne neuf zones étiquetées. Les points orange sont des signalements individuels. Les zones hors de Boston sont ombrées en gris. Fond de carte © OpenStreetMap.
Les signalements ne sont pas aléatoires — la solution n’a pas besoin de l’être non plus
Quand une voiture se gare dans une bande cyclable, la personne qui arrive derrière à vélo doit faire un choix rapide et désagréable : freiner, ou déboîter dans la circulation en mouvement. Nous avons déjà soutenu qu’il s’agit là d’un échec de sécurité, pas d’un problème d’étiquette, et que la solution durable est une protection physique plutôt qu’un policier qui arrive trois heures et demie plus tard.
Mais « construire des bandes protégées partout » n’est pas un plan sur lequel une ville peut agir à l’échelle d’un exercice budgétaire. La question utile est plus étroite : si Boston ne pouvait renforcer physiquement que quelques pâtés de maisons en premier, lesquels retireraient le plus de danger de la carte ?
Pendant l’essentiel de l’histoire du plaidoyer cycliste, cette question a été tranchée par l’anecdote — le corridor dont tout le monde se plaint, l’intersection qu’un conseiller municipal traverse à vélo. Le signalement participatif change la donne en entrée. Quand près d’un millier de signalements géolocalisés, horodatés, aboutissent dans un jeu de données partagé et téléchargeable en six semaines, les points chauds cessent d’être une question d’opinion. On peut les calculer.
C’est précisément ce que fait ce texte. Les chiffres sous‑jacents viennent directement des données publiques de Boston du Bike Bureau ; les corridors ci‑dessous sont le résultat d’une optimisation menée dessus, présentée ici en langage clair et en géographie.
Ce que « neuf corridors concentrent la moitié des signalements » veut réellement dire
Les données brutes sont 959 points sur une carte. Transformer des points en corridors suppose une décision de modélisation et une contrainte.
La décision : un véritable projet de bande protégée est un tronçon continu le long d’une seule rue, pas un nuage épars de points. L’analyse ne considère donc que des chemins contigus sur la même rue — des segments le long desquels on pourrait effectivement couler du béton.
La contrainte : aucun tronçon ne peut dépasser 800 mètres (environ un demi‑mile). Ce plafond est important. Sans lui, le « meilleur » corridor serait simplement « toute Massachusetts Avenue », ce qui est vrai mais inutile pour prioriser. Forcer chaque tronçon à rester court oblige le modèle à trouver de véritables grappes denses, et non des rues longues qui accumulent des signalements par leur seule longueur.
À partir de chaque signalement, le modèle construit le plus court chemin sur la même rue qui atteint ses voisins, générant au total 227 tronçons candidats. Il pose ensuite une question précise : quel est le plus petit nombre de tronçons dont les signalements couvrent ensemble au moins la moitié du total de la ville ? C’est une optimisation classique de couverture d’ensemble (set cover), résolue exactement avec un solveur mixte en nombres entiers (HiGHS) — pas une approximation gloutonne. Il renvoie à la fois la réponse et une preuve qu’aucune solution plus petite n’existe.
L’optimisation sélectionne 12 courts tronçons. Une fois les sélections adjacentes fusionnées en corridors géographiques tels que dessinés sur la carte, le résultat est net :
Neuf corridors fusionnés contiennent 508 des 959 signalements — 53 %.
Au stade du tronçon contraint, douze est démontré comme le plancher. Le solveur certifie qu’aucun ensemble de 11 tronçons ne peut atteindre 50 % — le meilleur que puissent faire onze tronçons est 468 signalements, soit 48,8 %. Et parmi toutes les solutions à douze tronçons, l’implantation retenue capte le plus de signalements, 508. Le nombre final de neuf n’apparaît qu’après combinaison des tronçons sélectionnés adjacents pour la cartographie et la planification au niveau des corridors ; neuf n’est pas un minimum distinct démontré par le solveur.
La moitié de chaque plainte de bande cyclable bloquée à Boston sur six semaines se concentre dans un ensemble de corridors que l’on pourrait lister sur une fiche cartonnée.
Plusieurs tronçons sélectionnés se touchent — deux branches d’une même intersection, ou deux pâtés de la même avenue, séparés uniquement parce qu’aucune des moitiés ne respecte seule le plafond de 800 mètres. Sur une carte, ils se regroupent en neuf corridors géographiques. Le plafond de 800 mètres s’applique aux 12 unités d’optimisation sous‑jacentes, pas nécessairement aux corridors fusionnés. C’est ce regroupement final qui mérite réflexion, car une ville planifie par corridor, pas par segment de ligne.
Les neuf corridors, classés
| # | Corridor | Rues dans la grappe | Signalements | Part* |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Kenmore Square | Brookline Ave + Commonwealth Ave + Boylston St | 148 | 15,4 % |
| 2 | Downtown / Chinatown | Cambridge, Tremont & Kneeland Sts | 132 | 13,8 % |
| 3 | Longwood / Fenway | Brookline Ave + Longwood Ave | 91 | 9,5 % |
| 4 | Waterfront | Atlantic Ave | 36 | 3,8 % |
| 5 | Allston | Western Ave | 32 | 3,3 % |
| 6 | Jamaica Plain | Centre St | 23 | 2,4 % |
| 7 | South End | Massachusetts Ave | 19 | 2,0 % |
| 8 | West Commonwealth Ave | Commonwealth Ave | 14 | 1,5 % |
| 9 | South End | Washington St | 13 | 1,4 % |
*Part de l’ensemble des 959 signalements, arrondie à un chiffre après la virgule ; les chiffres arrondis indépendamment peuvent ne pas totaliser exactement 53 %. Les corridors 1 à 3 sont chacun constitués de deux ou trois des 12 tronçons optimisés sous‑jacents qui se trouvent à un ou deux pâtés de maisons les uns des autres.
Quelques éléments sautent aux yeux dans ce tableau.
Deux grappes portent l’essentiel de la charge. Kenmore Square et l’axe Downtown / Chinatown représentent à eux deux 29,2 % de tous les signalements de bandes bloquées de la ville. Kenmore est l’endroit où Commonwealth Avenue, Boylston Street et Brookline Avenue convergent dans un nœud d’arrêts de bus, de déposes‑minute d’hôtels et de trafic de livraison ; l’itinéraire du centre‑ville traverse, en un tronçon continu de 132 signalements, la frange des quartiers financier et chinois, avec de nombreuses zones de chargement. Si Boston ne renforçait physiquement que ces deux‑là, elle toucherait près d’un tiers des conflits documentés.
Longwood / Fenway est clairement le troisième front. Le corridor autour du quartier hospitalier — une branche sur Brookline Avenue, une autre sur Longwood Avenue — recueille 91 signalements (9,5 %), là où les changements d’équipe, les déposes de patients et les ambulances se croisent avec un itinéraire cyclable très fréquenté. À noter que Brookline Avenue apparaît dans deux corridors différents ici : ses pâtés nord appartiennent à la grappe de Kenmore, ses pâtés sud à Longwood. Ce n’est pas un double comptage — il s’agit de points chauds distincts que la carte maintient séparés.
La queue est longue mais peu profonde. Au‑delà des trois premiers, chaque corridor restant affiche une part à un chiffre : le front de mer d’Atlantic Avenue (4 %), Western Avenue à Allston (3 %), Centre Street à Jamaica Plain (2 %), deux rues du South End — Massachusetts Avenue et Washington Street — et un tronçon isolé de Commonwealth Avenue plus à l’ouest. L’étendue va du port à Brighton, ce qui confirme que ce n’est pas uniquement une histoire de centre‑ville — mais la masse se trouve incontestablement dans les trois premiers corridors.
Ce que cette carte est, et ce qu’elle n’est pas
Deux mises en garde honnêtes sous‑tendent ces chiffres :
- Les données sont un échantillon d’un comportement, pas un recensement complet du problème. Les signalements reflètent là où les cyclistes se trouvent et là où ils prennent la peine de signaler — ainsi, les corridors fréquentés et très utilisés par les cyclistes sont sur‑représentés par rapport aux rues que l’on évite complètement. C’est sans doute le bon biais pour la priorisation (réparer là où les gens roulent), mais cela reste un biais.
- L’assignation aux rues n’est pas parfaite. L’analyse repose sur les noms d’OpenStreetMap et sur une étape d’appariement signalement‑rue ; elle ne prétend pas que l’un ou l’autre soient exempts d’erreurs.
Rien de tout cela ne remet en cause le message principal. Que la concentration réelle soit de 53 % ou quelques points de plus ou de moins, la forme reste la même : un petit nombre de corridors concentre une large part du danger. C’est exactement la condition dans laquelle des infrastructures protégées ciblées produisent le plus rapidement des effets.
Pourquoi la concentration est une bonne nouvelle
Un problème diffus est démoralisant — si les bandes bloquées étaient réparties uniformément sur chaque mile de Boston, aucun projet isolé ne pourrait vraiment faire bouger l’aiguille. La concentration, c’est l’inverse. Elle signifie qu’un programme modeste et réalisable — neuf corridors fusionnés construits à partir de 12 unités d’optimisation de moins d’un kilomètre — pourrait raisonnablement traiter la moitié des conflits documentés. Le même constat vaut dans la ville voisine : la moitié des signalements de bandes bloquées à Cambridge se situent à l’intérieur de douze petits îlots de bordures, dont l’un concentre à lui seul un dixième des signalements de la ville.
Cette approche reconfigure aussi le débat sur la répression. Comme nous l’avons écrit, les signalements citoyens comblent un vide que le ticketing ne peut pas combler, et des villes comme Boston ont vu les signalements exploser dès que le canal de saisie est devenu suffisamment rapide. Mais chaque signalement est, au fond, un point de données qui plaide pour une solution de conception. Cette analyse boucle la boucle : elle prend les preuves brutes produites par les cyclistes et les transforme en la seule chose qu’un défenseur peut remettre à un ingénieur municipal — ici, d’abord.
Références
- Loud Bicycle. « Bike Bureau: Report Bike Lane Obstructions. »
- Loud Bicycle. « Bike Bureau: Download Data. »
- Loud Bicycle. « Bike Bureau Public Map. »
- OpenStreetMap contributors. OpenStreetMap. Fond de carte et données de voirie.